mercredi 15 juillet 2009

70 MDH par an de subvention pour Coca, Pepsi et Ice

Après plus de trois ans de lobbying intense Coca Cola, (85% de part de marché, chiffres 2007), Pepsi (10%) ICE Cola (environ 5%) ainsi que leur embouteilleurs Nabco et Eaux Minérales d’Oulmès viennent d’avoir gain de cause.

Au Maroc, l’Etat, via la Caisse de Compensation subventionnera le sucre qu’ils utilisent à raison de 1DH par kilo, soit un montant annuel de plus de 70 Millions de Dirhams. IS déduit cela fera environ 50 Millions de dirhams de bénéfices après impôts supplémentaires que se répartiront ces sociétés selon leurs parts de marché.

Pour comprendre le processus qui a mené à cette décision un petit flash back est nécessaire.

Au Maroc, le sucre est subventionné à hauteur de 2 DH /kg. Raison : soutenir le pouvoir d’achat des classes défavorisées, soutenir la filière agricole sucrière.

Avril 1999, le gouvernement Youssoufi, décide de ne plus subventionner le sucre utilisé par l’industrie : boissons gazeuses, biscuiterie, confiserie… ces produits n’étant pas de première nécessité, inutile de continuer à les subventionner.

Tollé des industriels, lobbying intense, rien n’y fait, Youssoufi et Lahlimi tiennent bon. La mesure est appliquée.

Les industriels, sur la base de leurs achats de sucre, restituaient à la Caisse de Compensation 2DH/kg. Gain pour l’Etat : 1.2 Milliards de dirhams entre 1999 et 2006.

En 2005, les biscuitiers et confiseurs marocains se sont retrouvés en situation critique, au bord de la faillite pour certains. Soumis à une très forte concurrence des produits venant de Turquie, d’Egypte et des Emirats dans le cadre d’accords de libre échange ils ne pouvaient plus se battre. Devant les arguments de ces industriels, preuves à l’appui, l’Etat pour éviter faillites et licenciements et préserver un secteur industriel compétitif, décide de remettre en place la subvention sur le sucre pour ces secteurs. C’était une décision, à mon avis, justifiée.

En 2006, les fabricants de boissons gazeuses, ont demandé de bénéficier de la même mesure. Pourtant aucun des arguments des biscuitiers et confiseurs n’était applicable aux boissons gazeuses : pas de concurrence des importations, quasi monopole de Coca et Pepsi (95% de part de marché), prix déterminés librement, marge très confortables, bénéfices élevés… Rien ne justifiait de subventionner ces produits.

Et pourtant !

Le Ministre de l’Industrie de l’époque donna son accord pour la subvention soit plus de 130 MDH par an à l’époque. Or cette décision devait être co-signée par deux autres ministres, Affaires Générales et Finances.

Devant le lobbying des industriels, un contre lobbying, mené essentiellement par le groupe USFP au Parlement, s’est mis en place : questions aux ministres, médias, contacts directs avec les ministres concernés…

C’est finalement le Ministre des Finances, en juillet 2007, qui opposa son véto et refusa de signer. Il maintiendra sa position jusqu’à la fin de son mandat. Je ne connais pas, par contre, position de Ministre des Affaires Générales de l’époque.

Octobre 2007, changement de gouvernement.

Le lobbying reprend, le contre-lobbying aussi. La ‘bataille’ dura encore presque deux ans.

Entre temps les industriels refusaient de payer leur dû soit plus de 300 MDH d'impayés pour 2007, 2008 et début 2009.

Malheureusement, nous avons appris hier, le 14 juillet 2009 que le gouvernement, représenté par les trois ministres Affaires Générales, Finances et Industrie a fini par donner son accord pour une subvention de 1 DH/kg de sucre. Les industriels se sont engagés à règler leur impayés.

Cette subvention représente un coût de 70MDH par an pour la Caisse de Compensation. Pour les industriels, cette subvention se transformera après déduction de l’IS en pratiquement 50 MDH de bénéfices supplémentaires par an.

Les arguments donnés par les deux ministres que nous avons contactés ce matin ne nous ont pas convaincu du bien fondé de la décision. Ils auront l’occasion de présenter publiquement ces arguments quand ils l’estimeront opportun.

Pour ma part et avec le soutien de différents collègues et amis, nous essaierons de trouver les moyens légaux d’annuler cette décision ou au moins d’éviter qu’elle ne devienne permanente.

mercredi 15 octobre 2008

Bibliothèque Nationale du Royaume

La BNR a été inaugurée cet après-midi à Rabat par SM le Roi.

Extraits de la dépêche de la MAP :

SM le Roi inaugure à Rabat la Bibliothèque Nationale du Royaume

Rabat, 15/10/08 - SM le Roi Mohammed VI a inauguré, mercredi à Rabat, la Bibliothèque Nationale du Royaume du Maroc, édifiée sur une superficie de 20.832 m2 pour un coût global estimé à environ 300 millions dh.

(…) vouée résolument à la sauvegarde du patrimoine documentaire et culturel national, à la diffusion des connaissances et à la promotion de la recherche scientifique.

Dire que je suis heureux que ce projet ait enfin abouti serait largement au dessous de la réalité !

L’arrivée d’un nouvel espace culturel dans un pays qui en manque tant est toujours une bonne nouvelle.

Un espace public dédié à l’écrit, au patrimoine, à l’histoire et à la science est une chose tellement rare au Maroc que je ne me permettrais pas bouder mon plaisir.


Je voudrais rendre hommage à 4 personnes qui ont eu un rôle décisif dans l’aboutissement de ce projet. Je sais que ce ne sont pas les seules. Je sais que beaucoup de critiques leur ont été adressées sur d’autres sujets et je ne suis pas là pour y répondre (quoique ce serait intéressant d’ouvrir ce débat dans un prochain post). Mais sur la BNR particulièrement, et en parfaite connaissance de cause, je veux leur rendre hommage.


Abderrahmane Youssoufi, alors Premier Ministre, a apporté le soutien politique et a pesé de tout son poids pour que ce projet qui trainait dans les cartons depuis plusieurs années voie enfin le jour. C’était en 1999/2000

Mohamed Achâari, alors Ministre de la Culture, qui a fait de ce projet un de ces chevaux bataille et qui l’a défendu avec ténacité jusqu’à la fin de son mandat en 2007.

Fathallah Oualalou, alors Ministre des Finances, qui a su dégager les 300 Millions en partenariat avec le Fonds Hassan II dans une conjoncture difficile pour le budget et à une époque où mettre autant d’argent dans de la culture était pour beaucoup, une aberration !

Driss Khrouz, Directeur de la BNR, qui a matérialisé ces engagements et qui, à plusieurs reprises ces dernières années, a du déployer des trésors de ténacité, de diplomatie et de patience pour dépasser les blocages (et ils furent nombreux) pour que la nouvelle BNR voie enfin le jour.


Voilà c’est dit.


Merci Messieurs !


PS : Que les 4 soient tous USFP est une autre histoire…

lundi 13 octobre 2008

Gordon Brown

Taha Balafrej publie un article sur Gordon Brown et son rôle déterminant dans la définition d'une solution de sortie de crise.

Est-ce un hasard si le seul homme de gauche à la tête d'un gouvernement d'un pays important soit à l'origine du début de solution comme le dit Paul Krugman, prix Nobel d'Economie, dans un article publié ce matin dans le New York Times?

Le Cygne Noir


Au hasard d’une déambulation dans une librairie je suis tombé il y a quelques semaines sur ce livre. La crise n’était pas encore à son apogée.

En relisant quelques passages ce weekend je trouve que ce gars est un visionnaire, et qu’on devrait s’intéresser un peu plus à ce qu’il fait !

Extrait de la Présentation par l'éditeur :
Un « cygne noir » désigne un événement hautement improbable... et passablement catastrophique. On le reconnaît aux trois caractéristiques suivantes : il est imprévisible, il produit des bouleversements sans précédents, et, par la suite, les interprétations pleuvent pour l'expliquer. Le krach de 1987, la crise des subprimes, en France l'affaire Kerviel sont autant de « cygnes noirs » mémorables. Selon Nassim Nicholas Taleb, le monde de la banque n'en a pas l'exclusivité : la Seconde guerre mondiale, le 11 septembre ou le Tsunami de décembre 2004 en font partie. Tous les cygnes noirs ne sont pas de mauvais augure : le succès de Google en témoigne.
Pourquoi sommes-nous si aveugles ? Pourquoi les cygnes noirs ne sont-ils reconnus qu'après-coup ? Pour répondre à ces questions, Nassim Nicholas Taleb fournit une critique de notre rapport avec la connaissance. Nous nous focalisons sur ce que nous connaisons déjà, sur le particulier, le détail, sans prendre en compte l'inconnu, si bien que, paradoxalement, plus nous en savons, plus nous risquons d'être frappés par quelque cygne noir. La remarque vaut autant sur le plan général que sur le plan personnel : les évènements fondamentaux, ceux qui ont réellement changé nos vies sont rarement ceux auxquels nous nous attendions.

Le Cygne noir. La puissance de l'imprévisible
Nassim Nicholas Taleb
Paris : Les Belles Lettres, 2008.
EAN 9782251443485
Prix 23,00 €

Gouvernement et Bourse


Ou comment Le Ministre des Finances a laissé passer une belle occasion de réhabiliter le Gouvernement !

Marrakech Vendredi 10 Octobre, milieu de matinée. Conférence des régulateurs des bourses des pays émergents.

Pendant une pause et en aparté, un groupe de financiers marocains attirent l’attention du Ministre de l’Economie et des Finances sur ce que vit la bourse de Casablanca en cette matinée du vendredi 10 : panique générale, baisse frisant les 6% avec les conséquence en chaine que cela peut avoir. Ils lui demandent d’agir auprès des principaux institutionnels pour qu’ils soutiennent le marché. Le Ministre n’est visiblement pas convaincu de l’utilité d’intervenir.

En milieu de journée vendredi, la CDG intervient massivement et achète. Le marché se redresse et termine presque à l’équilibre.

Lundi le redressement se poursuit et la bourse termine + 4.5%. La CDG, au passage, fait de belles plus values !

Que s’est t-il passé dans les 2 heures qui se sont écoulées entre le refus du Ministre d’intervenir et l’intervention de la CDG ?

Selon plusieurs sources, les opérateurs, devant l’absence de réaction gouvernement (Premier Ministre et Ministre des Finances plus particulièrement), inaction qui dure depuis le début de la crise, auraient préféré soumettre le problème ailleurs.

La réaction a été rapide et à la date d’aujourd’hui (lundi 13 à 18h) efficace.

Encore une fois, par son inaction dans un moment critique, un ministre apporte une pierre supplémentaire à l’édifice de ceux qui pensent que ce gouvernement fait de la figuration et que le vrai pouvoir est ailleurs !

mardi 7 octobre 2008

Le Maroc touché par la crise?

Dans une déclaration faite le lundi 6 Octobre 2008, Robert Zoelick, Président de la Banque Mondiale tirait la sonnette d’alarme sur l’impact de la crise financière sur les pays en développement :

Les événements du mois de septembre pourraient complètement changer la donne pour de nombreux pays en développement. Une chute des exportations ainsi que des entrées de capitaux provoquera un fléchissement des investissements. Le ralentissement de la croissance et la dégradation des conditions financières, conjuguée à un resserrement monétaire, entraîneront la faillite d’entreprises et créeront peut-être des situations d'urgence dans le secteur bancaire. Pour certains pays, ces dérapages seront les précurseurs de crises de la balance des paiements. Comme c'est toujours le cas, ce sont les plus pauvres qui sont les moins à même de se défendre.


A ce jour, il n’y a pas de réaction du Gouvernement sur l’impact de la crise sur le Maroc. Un exposé du Ministre des Finances a surtout abordé l’absence prévisible d’impact direct de la crise des subprimes sur les banques marocaines. Il était aussi rassurant sur les performances de la Bourse de Casablanca.

Le Maroc a choisi l’ouverture économique. Ses avantages sont connus. Ses inconvénients aussi. Même si on fait semblant de les ignorer.

Tourisme, exportations, investissements étrangers, transferts des marocains à l’étranger… ne peuvent pas ne pas être impactés par la crise !

Peut-on raisonnablement continuer à garder le silence et faire semblant d’ignorer ce qui ce passe ?

Réponse dans une dizaine de jour pour la présentation du Projet de Loi de Finances 2009

samedi 4 octobre 2008

Fatwa et Modernité


'Nous devons choisir clairement entre la société de la fatwa et la société moderne!.'

C’est en ces termes que, Mohammed ENNAJI, chercheur, historien et écrivain marocain, revient sur le problème posé par les fatawa au Maroc (la dernière en date étant celle du mariage des fillettes de neuf ans) dans une très bonne analyse publiée dans Telquel.


Extrait :

...Il est donc question de choisir clairement entre la société de la fatwa et la société moderne, entre une société majeure et une société mineure, entre une société maitresse de sa démarche et de ses lois et une société toujours débitrice du ciel et de ses gourous pour gérer son quotidien. Jusqu’à l’heure, et tant que la logique de la fatwa l’emporte, notre société peut être qualifiée de mineure, la fatwa étant encore le passage obligé des réformes sociales.


Et de conclure :

...Il n’y a pas de modernité sans risques sans courage et sans projet. Le rapport au religieux est déterminant dans cette perspective. C’est la seule voie pour couper court à la menace des fatawa en coupant l’herbe sous les pieds de leurs auteurs. Et c’est la condition d’accès au statut de société majeure.